Blocus ridiculus

L’année scolaire a été marquée par une série de blocages dans plusieurs facs publiques gratuites, dont l’apothéose a sans doute été le report des partiels de fin d’année. Cela va sans dire, le brouhaha de fond d’amphi a cette fois résonné jusque dans les journaux. Bien qu’abondamment dénoncés, même dans les plus viles torchons, les blocus sont, à l’étonnement général, comparés à un « printemps étudiant », et même à un « nouveau mai 68 ». Aberration. Il est temps de mettre les choses au clair.
Je respecte le cheminot et sa grève pour la bonne raison qu’il est un travailleur. A ce titre, il a accumulé des années de travail et dispose du droit de protestation fondamental que le socialisme a si durement acquis, au même titre que nos congés payés ou nos 35 heures. Le blocage des facs est par contre illégal, et illégitime pour des bacs + 0 qui n’ont jamais rien fait d’autre que jouer aux cartes au fond de la classe et planter de l’herbe sur leur balcon. Ces branquignoles qui se croient en 68 nous font bien rire. Ils se réclament de sous-idéologies mal digérées, et cassent les lieux d’enseignement où ils pourraient apprendre à écrire des slogans sans faute de français. Un printemps étudiant, pas vraiment, non. Un hiver pour l’intelligence étudiante, oui.
Causeur titrait, à raison : « Le printemps de l’ignorance ». Ce soulèvement de zouaves bobolchéviques est, de surcroit, un « sous-élèvement » pour la pensée, et un « sous-événement » pour le pays. Rien n’y fait. A part des facs ravagées, l’étudiant français ne se relèvera pas plus grand. La jeunesse sociale-traître aura montré, en outre, qu’elle n’a rien a dire et qu’elle veut que cela se sache.
A grand renfort de connerie, la maladie infantile du maoïsme soixante-huitard se répand parmi les désœuvrés. A la surprise générale, c’est à Science-Po Paris que Cosette, 19 ans, souillon de la République, agite avec ferveur un drapeau palestinien en signe de fraternité avec les opprimés du système. Une autre information d’envergure, sortie la semaine dernière dans le Parisien, indique que les femmes sont de plus en plus nombreuses à manifester. Les fémichiants.es célèbreront sans doute cette grande victoire de la vaginalité paritaire dans des assemblées non-mixtes, preuve que la niaiserie humaine est indifférenciée.
Malgré les remous hormonaux de l’élite révolutionnaire moderne, – qui ne laissera dans la littérature qu’une note de bas-de-page, le fond intelligible du courant d’air social n’en perd pas moins son intérêt. Le problème de la sélection est soulevé par Piotr Solterdijk dans « Règles pour le Parc humain ». Selon lui, c’est l’humanisme bourgeois traditionnel qui est en cause dans la sélection par l’éducation, où l’apprivoisement joue un rôle essentiel face à la bestialisation de l’homme.
Le rôle de l’humanisme est de garantir une institution sociale crédible c’est à dire une nation dont la synthèse est faite par la réunion d’une communauté autour des grandes œuvres qui ont fait son histoire. Le modèle de l’éducation humaniste requiert aussi qu’on ne dépasse par les cadres du savoir enseigné pour ne pas que son autorité soit remise en cause. La véritable posture révolutionnaire serait donc aujourd’hui, non pas la révolte violente d’une horde de macaques et la destruction des temples du savoir, mais le dépassement des limites du savoir assurant la mainmise de l’éducation humaniste.
D’autre part, la sélection en question dans l’actualité universitaire n’est pas un problème réel, la véritable sélection dite « anthologique » opérant selon des critères de lettrisme et d’illettrisme. Par conséquent, s’il y a des « victimes » de la sélection, ce ne sont pas les étudiants. Ces derniers restent pour la plupart et malgré leur mauvaises manières, des bacheliers lettrés. Ce dont les grotesques gavrochards sont réellement victimes, c’est de leur ignorance, dont personne d’autre que les intéressés eux-mêmes ne sont coupables.
Enfin, si les sélectionneurs ont un pouvoir de sélection, c’est qu’ils sont détenteurs d’un savoir qui le légitime. Ils font en l’occurrence le choix d’une majorité de « savants » apprivoisés, disons d’étudiants dociles, au détriment d’une minorité d’ignorants aux tendances bestiales, dont l’auto-apprivoisement est empêché.
Le conseil de l’auteur est destiné aux bons entendeurs, arrêtez la littérature de gare et l’activisme bêta, ouvrez un livre et déplacez votre regard sur les pages, de gauche à droite. Pour les planteurs de jo… pour les réfractaires à la lecture, vous pouvez suivre le conseil de Voltaire, foutez la paix aux bons élèves et cultivez votre jardin.

Paris, le 19/05/2018
Vladimir Stepanov

 

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