Mai 2018

Cela fait maintenant un certain temps que ma Fac est bloquée. Le blocage s’inscrit dans un mouvement de grève qui dure depuis maintenant cinq mois. Étudiants et personnels s’étaient d’abord mobilisés contre un projet de fusion avec les autres universités de Toulouse. Finalement, le Mirail s’en est allé rejoindre les luttes contres les réformes à l’échelle nationale, comme celles de Parcoursup et ORE, ces projets ayant pour buts de faire danser la macarena aux étudiants de notre système universitaire peux lucratif…

Je suis à cette fameuse fac du Mirail. Récemment retapée par Vinci, le fief révolutionnaire n’est plus propriété nationale. L’état mais loue maintenant son ancien temple à prix d’or, dans le cadre d’un fabuleux partenariat public-privé. Le Mirail en occitan signifie miroir, et aujourd’hui, c’est l’image d’une France divisée qui nous est renvoyée, d’une France qui s’engouffre vers un modèle libéral malheureusement capitaliste. Rien de neuf sous le soleil dira-t-on… Il semble pourtant que le gouvernement, en s’attaquant aux universités publiques, souhaite terrasser les restes d’esprit critique des derniers bastions d’idéaux sociaux qui, pour le meilleur ou pour le pire, rêvent d’un monde différent. Les plus humbles d’entre les manifestants souhaitent seulement conserver les acquis sociaux de leur classe populaire, s’interdisant un avenir de start-ups bidons. On entrevoit avancer le rouleau compresseur du mondialisme heureux, contre lequel se dressent les barricades en pneu et s’alignent les poings levés des jeunes contestataires multi-couleurs. Le Mirail est devenu mon théâtre favori.

Sur Les 30 000 inscrits à la fac, moins de 10 % se rendent dans les grandes assemblées générales qui décident du sort de la mobilisation. Aux AG on vote notamment le blocage/déblocage, qui est une modalité de contestation pour le moins radicale pour ceux qui souhaitent avant tout avoir leur semestre. C’est autour de cette question qu’apparaît donc clairement la scission entre les étudiants. Ceux qui font des concessions et ceux qui s’imaginent qu’ils n’en feront pas. Jamais.

En ce qui concerne les autres, il y a plusieurs solutions : Soit ils s’occupent à autre chose de plus productif (souvent il suffit de peu), ou alors ils sont lobotomisé (ce que je lamente). En tout cas, ces derniers sont stupéfiants. Sans même qu’ils ne s’en rendent compte, leur égoïsme est délicieux. Leur vanité est digne du monde que veut nous faire avaler le gouvernement. Ils resteront sûrement à mater Netflix le jour ou un quarante tonnes brisera leurs mères.

Il y a deux semaines, l’annonce d’une mise sous tutelle de l’établissement par le rectorat à mit tout le monde sur ses gardes. “Les CRS vont débarquer !” scandaient les militants les plus hardis. Naturellement, j’ai accouru vers le campus… Je ne me refuse jamais l’occasion de contempler quelques rapports de forces, ou au moins de respirer une atmosphère tendue dans laquelle on voit les étudiants se former en un vain conseil de guerre. Les esprits s’enflamment et les féministes perdent leur voix. L’innocence se mêle à l’excitation, c’est la lutte face à l’injustice, et l’amphi devient le temple d’une anarchie douteuse. Les plus vétérans déambulent dans leurs grosses bottes, les épaules « swaggantes ». Les plus hésitants se tapissent dans les coins et préparent leurs campements pour la nuit. Moi (qui était le plus fier), je suis allé prêter main forte pour monter des matelas dans un autre bâtiment occupé : L’arche, le repère des malodorants…

Kevin, qui s’appliquait à tagger de belles paroles sur le mur en ciment, m’expliquait entre deux coups de feutre : “ Tu sais la-bas en AG, tout ce qu’ils veulent c’est massifier. Genre mais au final, ils finiront par faire pareil. Nous le mouvement il est plus profond tu vois, nous on veut une fac à nous. On se l’approprie tu vois. Merde, comment on écrit affranchissement ?” Je ne savais pas.
Kevin m’a raconté l’idéal qu’il avait d’une fac autogérée. Concrètement il ne savait pas comment ça pouvait s’organiser, mais un truc bien beau en tout cas. À cet instant il était tout de même simplement heureux de pouvoir faire ce qu’il voulait. Moi aussi, je passais du bon temps.

L’exécutif de l’état ne vint pas cette nuit. Depuis, ce sont de plus en plus d’universités qui se sont mises en grève dans les différentes villes de provinces, les évènements à Montpellier ayant accélérés la médiatisation des contestations. 50 ans après mars-avril-mai 68, Le Mirail se veut le nouveau Nanterre. Les coquelicots vont-ils fleurir ?

 

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