Nous sommes tous des Juifs errants…

oui même toi virulent antisémite notoire et convaincu

« Ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous…

Le reste c’est du vice. »

Il et elle n’en font plus aucun doute aujourd’hui, nous sommes amenés à bientôt ne plus pouvoir twerker sereinement sans s’encoigner le boule dans le cul de quelque grognard, tant notre espèce paraît encline à penser avec ses parties et à répartir son génome sur toute la surface du globe.  Si cependant ma formulation t’en touche une sans faire bouger l’autre, c’est que tu parcours ces lignes frénétiquement, dans l’angoisse d’y discerner une atteinte aux droits de l’homme l’humain que tu es, et qui justement est toujours prêt à dénoncer les amalgames qui te retournent l’estomac et la cervelle en te faisant coïncider avec des mots si différents de toi qu’ils te font violence, pauvre chou que tu es donc, et si tu l’es bien, merci d’illustrer mon obscure introduction.

Or – puisqu’en un sens c’est le sujet – tu t’inquiètes pour pas bézef très cher zouave : le juif qui te parle[1] n’est pas de ceux qui s’ingénièrent à forger l’universalisme libéral bien-pensant qui hante nos écoles et nos hautes administrations ; il ne crie pas comme eux, à chaque âme qu’il reconnaît et dont il sent les motivations « ah ! ça par exemple c’est très juif ! » ; non crois-moi, il n’est question de rien de tout ça, puisque si toi comme moi nous sommes tous juifs, c’est qu’on est bien dans la mouscaille jusqu’à l’exosphère et au-delà – et comme tu sais pas où ça se situe l’exosphère, t’iras lire deux trois bouquins ou t’opines du chef et tu fais pas chier.

Maintenant parlons Franco.

 

« Tout le monde se fascine pour l’avenir… Chacun veut qu’on l’exproprie. »

 

Que tu saches pas qui je cite me préoccupe pas plus que ma première communion et moins que tu piges pas un mot sur deux de mon baragouin : je vais pas t’avancer des chiffres ni te démontrer un théorème ikea, bien au contraire, j’aimerais que tu prennes un poil de recul atmosphérique, histoire qu’on s’embrouille pas trop dans ce rêve de notre avenir que je te dessine.

Qui que tu sois, le turfu te réserve une tripartition bien rodée, même si la mélodie aura un poil changée. Étant donnée la masse que représente aujourd’hui l’humanité et toutes ses infrastructures (rappelons qu’on est officiellement une force géologique majeure depuis plus de deux siècles – et je te laisse imaginer à quels autres niveaux de l’organisme Terre on agit de même manière), il est assez probable que notre inertie globale soit désormais telle que changer radicalement de voie sur l’arbre de l’évolution de l’espèce soit – à court comme à long terme – illusoire. On considère donc les choses comme allant de mal en pis car c’est encore le plus simple Dans cette optique, on peut imaginer qu’au fur et à mesure que les droïdes prendront le contrôle des infrastructures de plus en plus autonomes, les chômeurs humains se reclasseront massivement dans ces deux catégories survivantes : les bourgeois et les esclaves. Ceux qui auront tiré leur épingle du jeu grâce à la bonne start-up, la bonne app’, le bon deal, le bon contact, ainsi que tous nos traditionnels oligarques mafieux, eux feront évidemment partie de l’élite, une première classe qui aura encore accès aux véritables joies de l’existence, pas seulement aux malheurs et aux succédanés de plaisir.

Tu te dis sans doute que mon vague à l’âme m’entraîne à divaguer en science-fictionnalités banales et sans rapport avec le judaïsme inconscient que je te suppose comme ferait un psychanal’ivre. Pourtant, cette fable là me fait toujours cauchemarder d’une planète fourmillante, où les oasis de calme et de sérénité – les lieux et les musiques sacrées qu’ont su se construire la nature et les hommes, à la périphérie d’un cosmos vide, froid, chaoteux, et qui se soucie bien peu du jouir – toutes s’engloutissent sous la pression d’un flot de pragmatiques plébéiens. Si tu peux reconnaître cette vision, reconnaît où nous en sommes : des individus bourgeois pullulent, se méprisent tout en s’exhibant les uns aux autres alors qu’ils se haïssent, construisent des barrières autour du peu d’herbes qu’ils accaparent après d’âpres épreuves, bâtissent un bonheur de peu de bien pour quiconque, bonheur coupable et jouissance demi-molle, finissent dans un rectangle concédé avant d’être cédé à la concurrence.

Toi et moi on ne peut s’empêcher de rêver mieux, parce que diminués par les écrans et grandis par l’internet, nous portons en nous le souvenir d’une patrie perdue, d’un éden possible, d’un jardin encore vierge aux délices nonpareils. Nomades (de l’intérieur) exilés du cosmopolitisme libéral, nous cherchons tous une place-forte qui mérite que l’on s’y sédentarise, une retraite où toutes nos familles pourraient nous rejoindre et fêter à leurs manières le passage des générations, un havre de paix, un foyer d’aventures, ce serait vraiment le monde dans le monde – pas juste un enclos, mais une terre promise.

 

B.K.

 

 

[1]              . Aux suspicieux de la toile : Si l’auteur n’était pas juif, la rédaction lui demandera en quelle qualité il prétend exercer la charge de journaliste. (NDLR)

via Vache qui pisse

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