Blocus ridiculus

L’année scolaire a été marquée par une série de blocages dans plusieurs facs publiques gratuites, dont l’apothéose a sans doute été le report des partiels de fin d’année. Cela va sans dire, le brouhaha de fond d’amphi a cette fois résonné jusque dans les journaux. Bien qu’abondamment dénoncés, même dans les plus viles torchons, les blocus sont, à l’étonnement général, comparés à un « printemps étudiant », et même à un « nouveau mai 68 ». Aberration. Il est temps de mettre les choses au clair.
Je respecte le cheminot et sa grève pour la bonne raison qu’il est un travailleur. A ce titre, il a accumulé des années de travail et dispose du droit de protestation fondamental que le socialisme a si durement acquis, au même titre que nos congés payés ou nos 35 heures. Le blocage des facs est par contre illégal, et illégitime pour des bacs + 0 qui n’ont jamais rien fait d’autre que jouer aux cartes au fond de la classe et planter de l’herbe sur leur balcon. Ces branquignoles qui se croient en 68 nous font bien rire. Ils se réclament de sous-idéologies mal digérées, et cassent les lieux d’enseignement où ils pourraient apprendre à écrire des slogans sans faute de français. Un printemps étudiant, pas vraiment, non. Un hiver pour l’intelligence étudiante, oui.
Causeur titrait, à raison : « Le printemps de l’ignorance ». Ce soulèvement de zouaves bobolchéviques est, de surcroit, un « sous-élèvement » pour la pensée, et un « sous-événement » pour le pays. Rien n’y fait. A part des facs ravagées, l’étudiant français ne se relèvera pas plus grand. La jeunesse sociale-traître aura montré, en outre, qu’elle n’a rien a dire et qu’elle veut que cela se sache.
A grand renfort de connerie, la maladie infantile du maoïsme soixante-huitard se répand parmi les désœuvrés. A la surprise générale, c’est à Science-Po Paris que Cosette, 19 ans, souillon de la République, agite avec ferveur un drapeau palestinien en signe de fraternité avec les opprimés du système. Une autre information d’envergure, sortie la semaine dernière dans le Parisien, indique que les femmes sont de plus en plus nombreuses à manifester. Les fémichiants.es célèbreront sans doute cette grande victoire de la vaginalité paritaire dans des assemblées non-mixtes, preuve que la niaiserie humaine est indifférenciée.
Malgré les remous hormonaux de l’élite révolutionnaire moderne, – qui ne laissera dans la littérature qu’une note de bas-de-page, le fond intelligible du courant d’air social n’en perd pas moins son intérêt. Le problème de la sélection est soulevé par Piotr Solterdijk dans « Règles pour le Parc humain ». Selon lui, c’est l’humanisme bourgeois traditionnel qui est en cause dans la sélection par l’éducation, où l’apprivoisement joue un rôle essentiel face à la bestialisation de l’homme.
Le rôle de l’humanisme est de garantir une institution sociale crédible c’est à dire une nation dont la synthèse est faite par la réunion d’une communauté autour des grandes œuvres qui ont fait son histoire. Le modèle de l’éducation humaniste requiert aussi qu’on ne dépasse par les cadres du savoir enseigné pour ne pas que son autorité soit remise en cause. La véritable posture révolutionnaire serait donc aujourd’hui, non pas la révolte violente d’une horde de macaques et la destruction des temples du savoir, mais le dépassement des limites du savoir assurant la mainmise de l’éducation humaniste.
D’autre part, la sélection en question dans l’actualité universitaire n’est pas un problème réel, la véritable sélection dite « anthologique » opérant selon des critères de lettrisme et d’illettrisme. Par conséquent, s’il y a des « victimes » de la sélection, ce ne sont pas les étudiants. Ces derniers restent pour la plupart et malgré leur mauvaises manières, des bacheliers lettrés. Ce dont les grotesques gavrochards sont réellement victimes, c’est de leur ignorance, dont personne d’autre que les intéressés eux-mêmes ne sont coupables.
Enfin, si les sélectionneurs ont un pouvoir de sélection, c’est qu’ils sont détenteurs d’un savoir qui le légitime. Ils font en l’occurrence le choix d’une majorité de « savants » apprivoisés, disons d’étudiants dociles, au détriment d’une minorité d’ignorants aux tendances bestiales, dont l’auto-apprivoisement est empêché.
Le conseil de l’auteur est destiné aux bons entendeurs, arrêtez la littérature de gare et l’activisme bêta, ouvrez un livre et déplacez votre regard sur les pages, de gauche à droite. Pour les planteurs de jo… pour les réfractaires à la lecture, vous pouvez suivre le conseil de Voltaire, foutez la paix aux bons élèves et cultivez votre jardin.

Paris, le 19/05/2018
Vladimir Stepanov

 

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Mai 2018

Cela fait maintenant un certain temps que ma Fac est bloquée. Le blocage s’inscrit dans un mouvement de grève qui dure depuis maintenant cinq mois. Étudiants et personnels s’étaient d’abord mobilisés contre un projet de fusion avec les autres universités de Toulouse. Finalement, le Mirail s’en est allé rejoindre les luttes contres les réformes à l’échelle nationale, comme celles de Parcoursup et ORE, ces projets ayant pour buts de faire danser la macarena aux étudiants de notre système universitaire peux lucratif…

Je suis à cette fameuse fac du Mirail. Récemment retapée par Vinci, le fief révolutionnaire n’est plus propriété nationale. L’état mais loue maintenant son ancien temple à prix d’or, dans le cadre d’un fabuleux partenariat public-privé. Le Mirail en occitan signifie miroir, et aujourd’hui, c’est l’image d’une France divisée qui nous est renvoyée, d’une France qui s’engouffre vers un modèle libéral malheureusement capitaliste. Rien de neuf sous le soleil dira-t-on… Il semble pourtant que le gouvernement, en s’attaquant aux universités publiques, souhaite terrasser les restes d’esprit critique des derniers bastions d’idéaux sociaux qui, pour le meilleur ou pour le pire, rêvent d’un monde différent. Les plus humbles d’entre les manifestants souhaitent seulement conserver les acquis sociaux de leur classe populaire, s’interdisant un avenir de start-ups bidons. On entrevoit avancer le rouleau compresseur du mondialisme heureux, contre lequel se dressent les barricades en pneu et s’alignent les poings levés des jeunes contestataires multi-couleurs. Le Mirail est devenu mon théâtre favori.

Sur Les 30 000 inscrits à la fac, moins de 10 % se rendent dans les grandes assemblées générales qui décident du sort de la mobilisation. Aux AG on vote notamment le blocage/déblocage, qui est une modalité de contestation pour le moins radicale pour ceux qui souhaitent avant tout avoir leur semestre. C’est autour de cette question qu’apparaît donc clairement la scission entre les étudiants. Ceux qui font des concessions et ceux qui s’imaginent qu’ils n’en feront pas. Jamais.

En ce qui concerne les autres, il y a plusieurs solutions : Soit ils s’occupent à autre chose de plus productif (souvent il suffit de peu), ou alors ils sont lobotomisé (ce que je lamente). En tout cas, ces derniers sont stupéfiants. Sans même qu’ils ne s’en rendent compte, leur égoïsme est délicieux. Leur vanité est digne du monde que veut nous faire avaler le gouvernement. Ils resteront sûrement à mater Netflix le jour ou un quarante tonnes brisera leurs mères.

Il y a deux semaines, l’annonce d’une mise sous tutelle de l’établissement par le rectorat à mit tout le monde sur ses gardes. “Les CRS vont débarquer !” scandaient les militants les plus hardis. Naturellement, j’ai accouru vers le campus… Je ne me refuse jamais l’occasion de contempler quelques rapports de forces, ou au moins de respirer une atmosphère tendue dans laquelle on voit les étudiants se former en un vain conseil de guerre. Les esprits s’enflamment et les féministes perdent leur voix. L’innocence se mêle à l’excitation, c’est la lutte face à l’injustice, et l’amphi devient le temple d’une anarchie douteuse. Les plus vétérans déambulent dans leurs grosses bottes, les épaules « swaggantes ». Les plus hésitants se tapissent dans les coins et préparent leurs campements pour la nuit. Moi (qui était le plus fier), je suis allé prêter main forte pour monter des matelas dans un autre bâtiment occupé : L’arche, le repère des malodorants…

Kevin, qui s’appliquait à tagger de belles paroles sur le mur en ciment, m’expliquait entre deux coups de feutre : “ Tu sais la-bas en AG, tout ce qu’ils veulent c’est massifier. Genre mais au final, ils finiront par faire pareil. Nous le mouvement il est plus profond tu vois, nous on veut une fac à nous. On se l’approprie tu vois. Merde, comment on écrit affranchissement ?” Je ne savais pas.
Kevin m’a raconté l’idéal qu’il avait d’une fac autogérée. Concrètement il ne savait pas comment ça pouvait s’organiser, mais un truc bien beau en tout cas. À cet instant il était tout de même simplement heureux de pouvoir faire ce qu’il voulait. Moi aussi, je passais du bon temps.

L’exécutif de l’état ne vint pas cette nuit. Depuis, ce sont de plus en plus d’universités qui se sont mises en grève dans les différentes villes de provinces, les évènements à Montpellier ayant accélérés la médiatisation des contestations. 50 ans après mars-avril-mai 68, Le Mirail se veut le nouveau Nanterre. Les coquelicots vont-ils fleurir ?

 

LES UNIVERSITÉS SONT DES CHENILS

L’usine à chiens de gardes est aux abois,

(Réflexions sur l’université : Court essai sur la contre-culture et le contre-état, soit l’opposition au service du pouvoir).

Pour les 50 ans de Mai 68, la piétaille universitaire rejoue le grand spectacle du Potemkine estudiantin. Certains, en proie à un optimisme propre à la réaction contemporaine, espéraient le gauchisme enfin assoupi dans les errances somnambules de Nuit Debout. C’était sans compter le « poids le plus lourd » de l’époque : La défaite de la pensée, dont l’éternel retour de tignasses verdâtres est le cancer incurable. Dans l’exaspération générale, le crétinisme « sarouellard » pullule sur les campus, comme de l’acné juteuse sur un visage pré-pubère en émoi.

(Musique d’ambiance en attendant le grand soir…)

Au plus grand déplaisir du téléspectateur, les riches héritiers des Co(h)nneries de Ben-dit revisitent pour vous les classiques du mouvement étudiant. De Tolbiac à Clignancourt, sans oublier le Mirail et Nanterre, les fiefs historiques des luttes buboniques s’encanaillent contre les « élites » et la morale bourgeoise ! Au rendez-vous : Bondieuseries post-coloniales, « Bourdieuseries » universitaires et couvents non-mixtes pour mesdames. Un demi-siècle après la Révolution qui failli renverser l’Histoire, les dominé.e.s convergent aux cri de : « Sélection piège à cons ! »

Nous nous accorderons pour encourager la critique de toutes les instances de domination, qu’elles soient structurelles ou infra-structurelles, morales ou politiques. Cependant, posons-nous la question: Cinquante ans après Mai 68, qui sont les flics, qui sont les curés ? Voyez plutôt…

Il faut, malgré son incontestable laideur, admettre une certaine originalité à cette répétition lascive de Mai 68 : La misère intellectuelle du milieu étudiant équivaut au moins à celle du gouvernement. Les défenseurs de la sélection et les bloqueurs communient dans la même pensée empirique et figée de la logistique. Aucun des deux camps ne cherchent à comprendre l’origine de la surpopulation des universités, et par conséquent l’origine même de la réforme. Le gouvernement pose le problème des places en amphithéâtre et les bloqueurs répondent en mendiant des subventions : « Du fric, du fric, pour le service public ! » …
Il semble pourtant que la pierre angulaire du débat est la question du contenu.  Si les universités sont remplies à ras bords d’imbéciles errants, c’est que le savoir qui y est enseigné est à la portée du premier écervelé. Depuis Jack Lang, le savoir universitaire a pour fonction de massifier le nombre d’étudiants et donner ses lettres de noblesse à l’illettrisme. L’enseignement universitaire est par essence démocratisé, démocratique et démocratisant. L’université est une instance étatique de l’éducation, ainsi, elle ne peut que recracher l’idéologie étatique du libéralisme post-étatique et son obsession de l’horizontalité. De par son infinie médiocrité, le savoir universitaire rend possible et engendre la surpopulation. La réforme de la sélection aurait donc pour but de réserver un savoir massifié à une minorité. Si la réforme passe, elle engendrera un système contradictoire qui appellera sans cesse à rouvrir ses portes aux cohortes vaporeuses des pauvres hères déambulatoires. Ainsi, nous disons : « A bas la sélection et à bas les blocages », car les deux camps défendent l’aménagement et la persistance du même savoir étatique de l’abrutissement.

Nous avons vu que les bloqueurs et le gouvernement ne divergeaient pas sur l’essence même du problème universitaire, mais différaient sur l’aménagement du crétinisme généralisé. Cette analyse nous amène donc à nous questionner sur le caractère réellement subversif des manifestants, et également sur le caractère authentiquement étatique de l’état en place. Pour cela, revenons à la dernière élection et à l’attitude des deux camps.

Du mimétisme des antipodes:

En mai 2017, l’Etat-Banquier du playboy Rothschild nous a sauvé de la vague rouge-blonde. Effrayés de voir le drapeau Européen relégué aux poubelles de l’histoire, les Français sont allés voter pour l’ordre et la sécurité, le statut quo. En cela, le peuple a usé du pouvoir d’état pour empêcher la résurgence d’un véritable état-nation souverain. Nous dirons donc que l’état moderne européen est un Contre-état, qui n’agit que pour garantir une soumission au supranationalisme Européen. En effet, le pouvoir d’état n’existe plus que pour que pour asseoir la société post-étatique et post-nationale.
De la même manière que pendant la polémique sur l’université, l’extrême gauche n’a pas proposé de remise en question radicale des fondements idéologiques à la base des structures politiques. En encourageant le barrage Républicain (ou la ratonnade démocratique) les Antifascistes se sont fait auxiliaires de police des Gestapo libérales de la pensée. Encore une fois, l’opposition et le contre-pouvoir en place ont fait système pour défendre le même ordre établi, le même contenu. Voyons maintenant comment l’alliance objective de l’opposition et du contre-état continue à s’articuler après l’élection.

Après le servile aménagement de la démocratie, se pose la question de l’aménagement démocratique de la servitude. En première instance, le gouvernement défend une contre-administration libérale de la société française. De son côté, la gauche s’empêtre dans ses contradictions : Elle souhaiterait conserver le soutien politique du chaos généralisé dû à l’effacement du politique, tout en proposant une organisation égalitaire qui suppose l’existence d’un état réel et non plus formel. Ainsi, l’opposition ne produit jamais qu’un discours qui laisse planer le spectre archaïque de l’état sans jamais surpasser sa contradiction. Cette castration idéologique que la gauche s’inflige à elle-même par excès de moraline antifasciste est la condition sine qua non de la survie de son adversaire : la démocratie libérale. En effet, la défense de « l’état réel » que l’on associe aujourd’hui aux dérives totalitaires du XXème siècle est l’épouvantail que le Libéralisme doit agiter pour survivre. Poursuivons:
Contrairement aux dires d’un auteur célèbre qui mérite l’admiration dont il jouit actuellement, il ne semble pas que la démocratie aille contre elle-même. Disons plutôt que la démocratie survit contre ce qui va contre elle. Comme le disait Churchill : « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ». En effet, la démocratie ne semble exister « qu’à l’exception de », « qu’en comparaison à ». Ainsi, elle a besoin de sécréter ou d’utiliser l’opposition qu’on lui formule pour s’ériger en dernier rempart du « monde libre », en système du moins pire, et cela au moyen de distorsions historiques sophistiques : Chacun aura noté que les libéraux ne semblent pas avoir acté la fin des années 30. Ils opposent perpétuellement l’avènement du Fascisme, du Stalinisme ou de l’Anarchie à la destruction du contre-ordre établi. La démocratie est donc le pire des systèmes au sens où elle est le système du moins pire qui a besoin du pire pour exister. Suivant cette logique, les groupuscules d’extrême gauche sont les contre-cultures étatiques du contre-état,  en tant qu’elles sont les épouvantails de survie du libéralisme en mouvement.

Les Antifas sont la police, les policiers sont les Antifas. L’opposition c’est l’état, l’état c’est l’opposition. Tous sont des camarades des antipodes.

(NB : Si l’Antifascisme n’existe qu’en opposition à l’extrême droite dans la même logique de survie que la démocratie, elle aussi est par extension l’alliée objective de ce qu’elle dénonce. Ceci fera l’objet d’un article prochainement dans la Vachosphère).

La vache qui rit

Rictus Philosophicus

Le rire est une arme tranchante, une tranchée où l’on s’abrite. Il est avant tout une moquerie. De Rabelais, Molière jusqu’au canard enchaîné et Gaspard Proust, la pensée critique se met à l’abris de la censure et du bien pensant pour être à meilleure portée de ce dont elle ri.

Aussi, à la porte des théâtres, on refuse l’accès à la morale. L’esprit comique bafoue les règles de bienséance, transgresse les interdits moraux en abordant subrepticement les sujets tus par l’honnête homme mais dont rient les hommes honnêtes. L’honnête homme pense bien, trop bien pour être drôle. Sachant comment l’on rie, mais ignorant pourquoi, il étouffe son rire dans un trop plein d’humanité. Le bouffon, libéré des carcans moralistes, alpague l’agélaste et lui souffle : « ose rire ».

Si clowns et troubadours avaient une leçon à donner aux philosophes, ils leurs apprendraient à libérer le rire. Eux, se sont détaché de la contrainte la plus pesante du philosophe, celle du bien-penser. Préférons lui alors la dérision.

Desproges et Platon : même projet.

Leurs fins sont les mêmes : dire le vrai, faire le bien, être libre ; pourquoi ne rient-ils pas ensemble ? Les comiques rient des réalités, les penseurs recherchent la vérité ; les premiers font du bien, les seconds pensent le bien.

La véritable arrogance du philosophe est qu’il pense que dire du mal est une maladie. Aussi, il s’enrobe de pensées pures, reste juste, humble, ne pas mal dire est bien penser et c’est une grande vanité. Dire du mal, pour le philosophe, est un danger pour sa morale, glousser le rendrait coupable. Mais en refusant de se moquer, le philosophe a omis de rire de lui même. Et contre cet orgueil le bouffon rétorque : « Le rire ne se risque pas, il s’assume » ; et il lui lance une moquerie.

Quoique, peut être ai-je tort. Peux être que le rieur riant d’une chose qu’il ignore – et c’est pourquoi il rit, le philosophe le pense sans le rire ou ne le pense pas du tout. Alors ce n’est pas de l’orgueil mais du courage. Au fond, c’est sans doute ça penser. Affronter la pensée dont certains rient. Osons alors ne pas en rire.

 

Cent femmes et un homme sont-elles égales ?

via Vache complètement laitière

Acharnement féministe, rétablissement d’une inégalité ancrée dans les esprits et les moeurs, atteinte scandaleuse à la langue française ? Le débat sur l’écriture inclusive fait rage en France depuis l’affaire Weinstein. Cet arsenal d’annotations et de règles grammaticales allant de la féminisation des professions au point médian a une réelle importance politique, sociologique et sociale.

Le calme des locaux de l’Académie française a été étrangement perturbé ces derniers mois. C’est l’esprit échauffé et les joues rougies par la colère qu’on y a vu déambuler nerveusement les archaïques oligarques du langage. Entre deux bruissements de l’habit vert officiel, les chuchotements indignés osaient à peine prononcer le nom de leur bourreau : le point médian. On n’avait pas vu à l’Institut de France pareil désordre depuis la querelle des anciens et des modernes. Après une réunion d’urgence, les académiciens ont sans vaciller tiré leur épée. Le verdict était pour le moins sévère : « L’écriture inclusive est un péril mortel pour notre langue », clamèrent-ils dans une déclaration officielle le 26 octobre dernier. Vous avez bien entendu messieurs dames, des criminels attaquent en plein coeur et en toute impunité le joyau de notre nation à coup d’accords de majorité ou pire encore, de proximité. Une chose est sure, l’Académie d’antan était plus progressiste qu’aujourd’hui. Aucun de ses membres n’a haussé le sourcil en lisant au XVIIe siècle les oeuvres de Racine ou de Corneille truffées d’accords de proximité. Ces auteurs somme toute anodins, ne voyaient pas en effet le péril qu’ils faisaient encourir à la langue française en rédigeant des vers tels que « ces trois jours et ces trois nuits entières ». Chers académicien.ne.s, oserez vous dire à Phèdre ou au Cid qu’ils sont de mortels dangers pour notre langue ?

 

Ce qui hérisse avant tout les cheveux postiches des membres de l’Académie française ou encore ceux de messieurs Édouard Philippe et Jean-Michel Blanquer, c’est la remise en cause de cette règle de base de la grammaire française : le masculin l’emporte sur le féminin. Son origine ? Le masculin est plus noble pardi. Si vous vivez au XXIe siècle et que vous avez un soupçon de bon sens, il ne vous faudra pas longtemps pour venir à la conclusion que cet énoncé est sexiste. Nous pourrions croire que la demande de son abolition n’est qu’une revendication de principe dont le seul effet sera de calmer une poignée d’extrémistes qui pourront quitter les barricades en remettant leurs soutiens-gorge. Certes, mais le véritable enjeu de l’écriture inclusive est tout autre. Aucune langue n’est innocente. La langue est même, sinon coupable, du moins responsable de notre système de représentation du monde. La syntaxe et la grammaire que nous avons intériorisés enfants est lourde de sens. Elle est imbibée de représentations, de stéréotypes et d’images qui s’infiltrent inconsciemment en notre esprit, et qui, comme tant d’autre facteurs nous formatent. Le choix des mots, les règles du langage, ne sont pas un détail. Rimbaud et Nietzsche, pour ne citer qu’eux, avaient déjà compris l’importance inouïe de l’emploi du « je » sur notre conception du soi et du sujet. Faire dominer systématiquement le masculin sur le féminin dans la langue, même lorsqu’un seul homme se retrouve entouré de cent femmes dans une phrase, influence inévitablement notre représentation des sexes et ancre par écrit un sexisme latent. La révolte contre ces règles rigides et infondées n’est qu’une question de volonté. Voyez la maison d’édition normande Cogito, le journal en ligne Slate, ou encore ces 300 enseignants engagés dans des tentatives d’égalitarisation du langage. Ces diverses initiatives sont autant d’expériences et d’actes politiques qui font vivre le français et tentent à travers lui d’agir sur notre époque.

Si la réflexion engagée sur l’écriture inclusive est perçue par certains comme un pas de plus vers une forme de fascisme moderne imposant un diktat de la bien-pensance; l’avortement de toute tentative d’évolution du langage et des moeurs par de fervents adeptes de rigidité linguistique, peut tout aussi bien être considérée comme un totalitarisme réactionnaire. Mal vous en prend, la répression de la pensée mène bien souvent à bâtir et monter sur des barricades plus hautes encore.

Nous sommes tous des Juifs errants…

oui même toi virulent antisémite notoire et convaincu

« Ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous…

Le reste c’est du vice. »

Il et elle n’en font plus aucun doute aujourd’hui, nous sommes amenés à bientôt ne plus pouvoir twerker sereinement sans s’encoigner le boule dans le cul de quelque grognard, tant notre espèce paraît encline à penser avec ses parties et à répartir son génome sur toute la surface du globe.  Si cependant ma formulation t’en touche une sans faire bouger l’autre, c’est que tu parcours ces lignes frénétiquement, dans l’angoisse d’y discerner une atteinte aux droits de l’homme l’humain que tu es, et qui justement est toujours prêt à dénoncer les amalgames qui te retournent l’estomac et la cervelle en te faisant coïncider avec des mots si différents de toi qu’ils te font violence, pauvre chou que tu es donc, et si tu l’es bien, merci d’illustrer mon obscure introduction.

Or – puisqu’en un sens c’est le sujet – tu t’inquiètes pour pas bézef très cher zouave : le juif qui te parle[1] n’est pas de ceux qui s’ingénièrent à forger l’universalisme libéral bien-pensant qui hante nos écoles et nos hautes administrations ; il ne crie pas comme eux, à chaque âme qu’il reconnaît et dont il sent les motivations « ah ! ça par exemple c’est très juif ! » ; non crois-moi, il n’est question de rien de tout ça, puisque si toi comme moi nous sommes tous juifs, c’est qu’on est bien dans la mouscaille jusqu’à l’exosphère et au-delà – et comme tu sais pas où ça se situe l’exosphère, t’iras lire deux trois bouquins ou t’opines du chef et tu fais pas chier.

Maintenant parlons Franco.

 

« Tout le monde se fascine pour l’avenir… Chacun veut qu’on l’exproprie. »

 

Que tu saches pas qui je cite me préoccupe pas plus que ma première communion et moins que tu piges pas un mot sur deux de mon baragouin : je vais pas t’avancer des chiffres ni te démontrer un théorème ikea, bien au contraire, j’aimerais que tu prennes un poil de recul atmosphérique, histoire qu’on s’embrouille pas trop dans ce rêve de notre avenir que je te dessine.

Qui que tu sois, le turfu te réserve une tripartition bien rodée, même si la mélodie aura un poil changée. Étant donnée la masse que représente aujourd’hui l’humanité et toutes ses infrastructures (rappelons qu’on est officiellement une force géologique majeure depuis plus de deux siècles – et je te laisse imaginer à quels autres niveaux de l’organisme Terre on agit de même manière), il est assez probable que notre inertie globale soit désormais telle que changer radicalement de voie sur l’arbre de l’évolution de l’espèce soit – à court comme à long terme – illusoire. On considère donc les choses comme allant de mal en pis car c’est encore le plus simple Dans cette optique, on peut imaginer qu’au fur et à mesure que les droïdes prendront le contrôle des infrastructures de plus en plus autonomes, les chômeurs humains se reclasseront massivement dans ces deux catégories survivantes : les bourgeois et les esclaves. Ceux qui auront tiré leur épingle du jeu grâce à la bonne start-up, la bonne app’, le bon deal, le bon contact, ainsi que tous nos traditionnels oligarques mafieux, eux feront évidemment partie de l’élite, une première classe qui aura encore accès aux véritables joies de l’existence, pas seulement aux malheurs et aux succédanés de plaisir.

Tu te dis sans doute que mon vague à l’âme m’entraîne à divaguer en science-fictionnalités banales et sans rapport avec le judaïsme inconscient que je te suppose comme ferait un psychanal’ivre. Pourtant, cette fable là me fait toujours cauchemarder d’une planète fourmillante, où les oasis de calme et de sérénité – les lieux et les musiques sacrées qu’ont su se construire la nature et les hommes, à la périphérie d’un cosmos vide, froid, chaoteux, et qui se soucie bien peu du jouir – toutes s’engloutissent sous la pression d’un flot de pragmatiques plébéiens. Si tu peux reconnaître cette vision, reconnaît où nous en sommes : des individus bourgeois pullulent, se méprisent tout en s’exhibant les uns aux autres alors qu’ils se haïssent, construisent des barrières autour du peu d’herbes qu’ils accaparent après d’âpres épreuves, bâtissent un bonheur de peu de bien pour quiconque, bonheur coupable et jouissance demi-molle, finissent dans un rectangle concédé avant d’être cédé à la concurrence.

Toi et moi on ne peut s’empêcher de rêver mieux, parce que diminués par les écrans et grandis par l’internet, nous portons en nous le souvenir d’une patrie perdue, d’un éden possible, d’un jardin encore vierge aux délices nonpareils. Nomades (de l’intérieur) exilés du cosmopolitisme libéral, nous cherchons tous une place-forte qui mérite que l’on s’y sédentarise, une retraite où toutes nos familles pourraient nous rejoindre et fêter à leurs manières le passage des générations, un havre de paix, un foyer d’aventures, ce serait vraiment le monde dans le monde – pas juste un enclos, mais une terre promise.

 

B.K.

 

 

[1]              . Aux suspicieux de la toile : Si l’auteur n’était pas juif, la rédaction lui demandera en quelle qualité il prétend exercer la charge de journaliste. (NDLR)

via Vache qui pisse

Nos chers Arts

via Chroniques du Vachistan

Un pamphlet trouvé au lavomaton m’a gentiment convié à la troisième édition du salon international d’art contemporain de la ville rose. J’y suis allé et sur un pont en chemin,  je me suis arrêté un instant pour scruter les profondeurs obscures de la Garonne. On nous dit que l’art contemporain reconnu et acclamé compte autant de particularités qu’il y a d’artistes, mais il n’est pourtant pas difficile de constater que tout comme l’eau boueuse passant sous ce pont, son uniformité est prévisible et rien ne brille, rien ne se démarque (faute peut-être de trop essayer). C’est un courant de merde canalisé par des berges en ciment. Pourtant, ici en levant la tête, nous apercevons les sommets enneigés des Pyrénées, où l’on imagine la source limpide qui nourrit ce fleuve, censé imbiber la terre et enrichir les hommes des précieux minerais des altitudes et des entrailles de la terre. L’art contemporain est une eau stagnante coupée de sa source universelle par de nombreux barrages qui contrôlent l’écoulement des courants, activant les turbines de la société moderne.

En arrivant au salon, j’ai compris que j’allais passer un sale moment ; des toiles en séries, sur mesures et standardisées.  Fallait s’y attendre, c’était de l’art décoratif, majoritairement de mauvais goût en plus. Les artistes étaient là, assis derrière leurs caisses, attendant la fermeture du marché. Les foules endimanchées passaient en remarquant les tons qui iraient bien avec le canapé de leur salon. C’était la classe moyenne qui, jubilante, s’extasiait devant son pouvoir d’achat. Je suis parti. Ce type d’artisanat plastique existe aussi dans les strates plus élevées de la société, de plus en plus cher, conceptuel et inutile.

Je ne fréquente pas beaucoup les galeries car je sais qu’on y présente majoritairement de l’art conceptuel et je sais que je peux comprendre le raisonnement du scientifique sans jamais contempler son œuvre, qui finalement est juste la marque et la matérialisation de ses théories, restreintes et délimitées ; son œuvre est facilement résumée. Si l’art contemporain conceptuel vise l’intelligibilité totale, l’expressionnisme presque autant apprécié, est dans l’émotivité abstraite. Heureusement, Il y aura toujours des artistes qui trouveront l’équilibre entre la raison et l’humilité, leur permettant de continuer bravement la marche vers l’inconnu. Ils explorent, indifférents au relativisme postmoderne qui nous opprime, les secrets indicibles de leurs petites vies lumineuses et de l’univers. Ce sont eux que nous devons chercher et remettre à l’honneur si nous souhaitons une société saine, car pour l’instant, l’art est une usine à charbon qui pollue notre ciel et déshonore nos existences.

Les six trublions (3/6)

La Terminale A du Lycée Georges Brassens de Vachistan-sur-le-Lai est une classe plutôt calme, plutôt studieuse, mais régulièrement troublée par l’attitude de six élèves réfractaires qui refusent l’autorité du professeur Imperium, un magister excessivement dur, strict, impitoyable, et n’ayant pas de scrupule à faire régner parfois l’injustice. A l’issue du conseil de classe durant lequel sont jugés les éléments perturbateurs, les six élèves en question, pourtant fort différents les uns des autres, se retrouvent logés à la même enseigne : ils sont renvoyés de l’établissement et condamnés à l’école buissonnière.        
                Le lycée est alors ravi de se débarrasser de ceux que l’on appelle grossièrement les six trublions. Les autres élèves, dociles et participatifs, ne seront plus tentés par la sédition et l’indiscipline de leurs petits camarades. Or, un problème survient et le renvoi des six garçons est reporté. En effet, le recteur d’académie, affolé par la hausse de la déscolarisation dans les lycées et par les statistiques ahurissantes de sa circonscription, ordonne le maintien temporaire des trublions. Un inspecteur et un psychologue sont envoyés dans la classe du professeur Imperium pour définir si les six élèves méritent réellement le renvoi définitif et si une réorientation scolaire n’est pas envisageable pour certains d’entre eux. Ils établissent le rapport suivant :

« Dans cette classe de trente-trois élèves, dirigée par Maître Imperium (dont nous avons aisément deviné la cruauté et l’intransigeance malgré ses faux airs de pédagogue), une vingtaine d’entre eux font montre d’une discipline remarquable et d’une obéissance qui peut parfois prêter à sourire, tant les exigences du professeur sont démesurées, voire insensées. Le profil atypique de Maître Imperium est une première clef pour comprendre l’attitude réfractaire des autres élèves de la classe, et plus précisément des six cas ayant fait dernièrement l’objet d’un conseil de discipline et d’un renvoi définitif. Bien que le corps enseignant s’accorde à dire qu’aucun de ceux-là n’est récupérable, qu’il n’y en a pas un pour rattraper les autres, que tous sont de la même engeance, nous avons constaté, après deux semaines d’immersion dans la classe, que chacun exprimait une forme de contestation particulière et un degré plus ou moins élevé d’insubordination. Nous avons classé ces différents genres de contestataire dans un ordre croissant, selon le danger potentiel qu’ils représentent. »

                La Vachosphère vous présentera un cas par numéro :

 

3 – Le dissident

 

Il suffit de revenir à l’étymologie du terme « dissident » pour résumer en deux mots l’attitude de cet élève. En effet, le préfixe -dis (que l’on trouve dans discorde, dispute, distance), et qui renvoie à l’idée de séparation, a été associé au verbe sidere qui signifie « être assis » ; ainsi nous avons « dis-sidere », « se séparer de ceux qui sont assis », autrement dit « être en opposition ». Mais nous pouvons entendre dis-sidere d’une autre façon, à savoir, comme « se séparer en étant assis », et soulever alors un paradoxe, criant chez l’élève en question, mais aussi symptomatique de notre actuelle dissidence. Cependant, nous tâcherons dans ce rapport de nous cantonner à une analyse psychologique de l’individu et de ne pas nous répandre en des élucubrations sociologiques n’ayant pas lieu d’être.
Le dissident est donc avant tout un séparatiste. Tous les jours, à huit heures, maître Imperium procède à l’appel, et tous les jours, lorsqu’il prononce le nom de notre élève, ses camarades (plus ponctuels et plus dociles qu’un courtisan respectant l’étiquette sous Louis XIV) s’écrient en chœur et avec un entrain de délateur : « Absent ! » Généralement, c’est vers treize heures et quart que l’on voit poindre au seuil de la classe le petit minois du dissident. Son irruption porte systématiquement le professeur à ébullition ; ce dernier tourne à l’écarlate, les veines de son front gonflent comme le ballon d’une montgolfière, il fulmine, il grogne, il crache, et tel une locomotive infernale, il s’excite, il déraille et il fume. Le dissident s’en amuse beaucoup, et c’est le sourire aux lèvres qu’il regagne son bon vieux dernier rang, son havre de quiétude, loin, bien loin des fayots, des lèches-bottes et des binoclards. Il est avide de solitude, d’isolement, d’exil. Comme les opposants de Staline, il voudrait sans cesse être exclu de cours, recevoir d’atroces châtiments pour pouvoir après démontrer toute l’abjection des maîtres. On le traînerait jusqu’à un goulag de fortune, un local technique, au sous-sol, au fond d’une cours privée, dans une Sibérie lointaine, où des tortionnaires (des vilains pions) s’adonneraient aux pires sévices mais où il jouirait du plaisir pervers d’être injustement condamné. Seulement, rien de toute cela n’arrive. Le dissident voit son insolence et son indifférence faiblement récompensées : il écope d’une modique punition, cinquante lignes à copier, « Je tâche d’être chaque jour à l’heure en classe et de ne pas perturber mes camarades par mon comportement désobligeant et mes remarques blessantes », son poignet en pâtira mais cela ne fera pas de lui un martyr.
De même que le désobéissant, le dissident n’accorde aucune importance à la reconnaissance scolaire. Les « mentions très bien », les « félicitations du conseil de classe », les « bons points », sont pour lui comme les médailles de la légion d’honneur, des récompenses décernées à des imposteurs et des guignols, le laudanum qui maintient les élèves dans l’idéal méritocratique. C’est pourquoi il n’interrompt jamais ses phases d’absentéisme, même en période d’examen. Tandis que ses consorts désespèrent face à leur sujet d’Histoire, avachis sur leur chaise, un samedi matin, lui, se permet une longue crastine du fond de sa couche. Celui qui refuse de s’asseoir avec les autres s’assied tout seul chez lui, sur un canapé rouge de préférence. Il n’avance peut-être pas beaucoup, vautré sur son sofa, mais le fait d’être éloigné du troupeau lui donne le sentiment d’une avancée.
En attendant d’acquérir poids et crédit pour réunir sous sa coupe l’ensemble des contestataires, le dissident travaille son charisme, sa prestance, son personnage. Il s’est même mis au culturisme afin d’en imposer auprès de la plèbe ; eh oui, fort de l’adage « La raison du plus fort est toujours la meilleure », il sait qu’intimider c’est déjà convaincre. Il se voit comme le loup solitaire de la fable, dont les moutons médisent, et que le berger chasse. Si seulement il savait qu’il traînait une réputation de vilain petit canard, et non de leu féroce… Le professeur Imperium esquisse de doux sourires en le voyant feuilleter le Gai Savoir dans les ténèbres du dernier rang. « Encore un futur révolutionnaire… » murmure-t-il goguenard. Mais nous sommes catégoriques : cet élève est un déserteur, pas un mutin. Et ses lectures nietzschéennes, loin de faire naître en lui la véritable fièvre révolutionnaire, n’entretiennent qu’une philosophie (émancipatrice ?) dont il fait son mode de vie. Finalement, celui qui s’éloigne est-il toujours à blâmer ? Pensons au Christ qui, à l’heure de son arrestation, s’éloigne pour prier dans le jardin de Gethsémané ; à Zarathoustra, retiré toute une décennie dans les hautes montagnes, et qui « décline » à mesure qu’il redescend vers les hommes ; au Buddha exhortant les hommes à « aller en solitaire ». Espérons qu’il s’en inspire.
Nous ne préconisons pas le renvoi pour cet élève, mais il faut d’ores et déjà s’attendre à son départ ; un matin de printemps, il franchira les grilles et disparaîtra dans la ruelle du monde. Et nous ne pourrons rien y faire.

via Mort aux vaches, mort aux condés !

Beaubourg

Bonjour, bonsoir mesdames et messieurs et en avant Guingamp pour cette chronique numéro trois ou nous allons parler du centre Georges Pompidou. Mais, avant toute chose, petits éléments de contextualisation.

Le centre exprime la volonté des autorités françaises de remettre Paris sur les bons rails de la scène culturelle internationale. En effet le New York de la fin des années 1960 semble de plus en plus attirer une véritable communauté artistique et sucrer à Paris son statut de capitale culturelle ce qui met notre incroyablement charismatique président Pompidou dans tous ses états. Marre des bals musettes et puis des flonflons passons pleinement à l’art d’après-guerre ! Il faut donc construire un bâtiment à la hauteur des ambitions présidentielles, le projet se couple avec celui d’une bibliothèque à l’endroit même où se situe le musée et puis le centre Pompidou voit le jour en 1977 après la mort de son instigateur. Ce qu’il est intéressant de noter est que le centre Georges Pompidou s’insère dans une politique de salubrité publique parisienne du début du siècle, un certains nombres (6 puis 17) d’îlots insalubres furent recensés pour être réhabilités car déclarés comme des foyers d’infection tuberculeux. Ce projet de salubrité fut mené tout au long du XXe siècle par les plus hautes autorités de l’État et celui du plateau Beaubourg constituait l’îlot numéro un.

Dieu que cette construction semble seule dans le paysage parisien tant par son architecture que par la fonction qu’on lui donne… Alors vous, lecteurs attentifs, vous attendez sûrement à ce que j’assassine l’érection d’un monument pareil dans Paris, que je cloue ce bâtiment au pilori mais il n’en sera rien. En effet le centre Georges Pompidou (surtout appelé du doux sobriquet de  « Beaubourg ») est assez laid, voire même très laid pour certains dont je fais peut être parti, mais, si peu de monument dans Paris essaient de faire vivre l’art tout en étant un lieu de création, si peu de lieu concentrent autant l’attention et la curiosité de visiteurs. Vous me rétorquerez que le Louvre génère une véritable incandescence autour de sa formidable collection, mais Beaubourg n’a pas été une demeure de roi, ne tire aucun prestige de son ancienneté, c’est l’effervescence même de la vie artistique contemporaine dont je laisse chacun juge de la qualité. Avec quelques trois millions de visiteurs par an Beaubourg est vite devenu un incontournable de la vie culturelle parisienne avec des expositions temporaires régulières de grands noms de l’art (Matisse, Klee et Munch pour les plus célèbres par exemple), ses salles de cinéma (car oui c’est aussi un cinéma), mais aussi sa fameuse bibliothèque (abrégée en BPI) qui est célèbre pour sa collection pléthorique, ses heures d’ouvertures tardives et ses files d’attente interminables. Alors certes, ce grand amas de tuyaux ne semble pas du meilleur goût qui soit, certes cela a peut être engendré d’autres projets présidentiels critiquables (je pense surtout à la tour Montparnasse) mais les bonnes intentions comptent et Beaubourg en est pétri. Dans une période où la France semble avoir perdu son attractivité culturelle, ou en tout cas d’une partie de son prestige, Beaubourg semble essayer tant bien que mal de faire vivre cela et de raviver cette flamme dans le grand public en l’attirant dans des lieux multi-facettes proposant des structures polyvalentes.

Encore une fois le centre Pompidou n’a peut être pour lui que sa fonction mais son projet ainsi que l’exploitation qui en émane n’est pas plus critiquable que cela et permet à beaucoup de s’initier, de s’interroger ou d’approfondir leur culture de l’art et ça je crois bien que c’est le plus important.

via L’étable du Temps

Au nom du Cran, du CRIF et de la Sainte Licra.

via Politiquement Vachette

De l’antifascisme totalitaire,
« Le vieux Monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres ». Le vieil Antonio nous avait pourtant prévenus. Faut ouvrir les esgourdes quand un rital vient vous baver dans les étagères ! C’est toujours pareil, dès qu’un partageux à lunettes rue dans les brancards pour sortir les camarades du cambouis, on le met au pain sec. Résultat, 6 millions de morts ! Enfin nous, on se fera plus avoir. On me le fait pas deux fois, le coup du moustachu. Les drapeaux, les uniformes et les empires au placard !
Rideaux, l’histoire c’est fini.

Comme toi, je me suis vautré dans le nouveau monde avec la certitude d’appartenir à une nouvelle race d’humains. On n’avait presque pas tort en somme, le millenial est tellement différent de ses aïeuls. Eternel repenti des pantalonnades rouges-brunes du XXem, il se croyait à l’abri de la bébête immonde. Mais voilà qu’en ce début de siècle, tout part à volo : les transsexuels ont leurs toilettes, les hommes serrent les jambes dans le métro et les bistrots vendent des tartines à l’avocat. Voilà une révolution sans précédent. Au stade final de son évolution, l’homme s’émancipe de ses diktats culturels les plus solidement ancrés.
Vous vous croyiez à l’abri de nos vieux démons ? Malheureux ! Nous y sommes revenus, et au galop pour ainsi dire ! C’est le « grand bond en avant », bienvenue dans une nouvelle ère, celle du stalinisme de salon.

Ce fascisme rose ressemble sur l’essentiel à son prédécesseur : il s’agit d’achever l’Europe chrétienne une fois pour toute, d’étouffer sa grand-mère à coup de dinde aux marrons. Mais pour une fois, ce n’est pas pour lui racler son héritage à la vieille. Non ! C’est justement le contraire. L’époque est au rêve d’un occident « inclusif ». Pour expier ses crimes, L’Europe doit faire table rase, devenir la patrie des Droits de l’Homme. Et pour cela, il faut tout déconstruire : les genres, la nation, la religion, l’art…
Au four les vieilles breloques, place à l’homme nouveau !

L’Übermensch XXI n’est que volonté de nuisance. Il ne croit pas en Jésus, l’amour du Christ c’est rien que l’opium du con. « Aimez-vous les uns les autres » et derrière ça fait les croisades, l’inquisition et l’esclavage, (sans parler du patriarcat, de la transphobie et de la hausse du prix des topinambours). Bref, on ne lui fait pas ! L’Übermensch XXI n’est que progrès, et le progrès justifie tout. Minute, je vous vois venir… Là c’est pas pareil. S’il fait la guerre c’est pour la démocratie, s’il censure c’est par antiracisme et si sa compagnie de transport « Über » est une version moderne de l’esclavage, c’est parce qu’il faut bien s’adapter.

Rien de neuf sous le soleil me direz-vous ? L’homme nouveau, c’est « so XXem ». La nouveauté, bande de traine la grolle, est que ce néo-totalitarisme n’exerce pas le pouvoir par l’état, mais par son hégémonie culturelle. Si la visée est la même, la stratégie est différente. Fini les discours au Reichstag, avec les drapeaux, les éléphants et les montreurs d’ours ! Le dictateur n’existe plus. Dans un monde encore hanté par l’expérience hitlérienne, le pouvoir revient aux résistants qui veulent en finir avec le vieux monde. Se pliant à cet impératif, les toutes puissantes associations et lobby progressistes se parent de la langue immaculée de l’antifascisme. Par cet habile jeu de langage, nos maitres parviennent à cumuler la posture de résistant et le confort du pouvoir. Ce statut leur conférant ainsi une caution morale pour reprendre à leur compte les armes idéologiques du fascisme sauce XXem.

C’est de cette manière que la Licra, le Cran, le CRIF, le CCIF, les féministes et bien d’autres sont libres de traquer ceux qui osent encore élever des voix dissidentes. L’art contemporain, le cinéma, la musique, l’éducation, la politique: Rien n’échappe aux inquisiteurs du progrès. Le Christ ayant déserté nos cœurs, sa version sécularisée est venu le remplacer. Le progrès, cette idée chrétienne devenue folle, s’est immiscée dans toutes les strates de nos sociétés et gare à celui qui ne s’y conforme pas.

Winston nous avait prévenus non ? « Les antifascistes d’aujourd’hui feront les fascistes de demain ».